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Grand Froid

De Gérard Pautonnier

Dans le nord, une petite ville au milieu de nulle part. Edmond Zweck (Olivier Gourmet) y possède un commerce de pompes funèbres aussi peu florissant que son vis-à-vis de restaurant chinois. Ses deux employés sont Georges (Jean-Pierre Bacri), bras droit de Zweck, et Eddy (Arthur Dupont), encore novice dans le métier. Pourtant, un beau matin, l’espoir renaît avec l’arrivée d’une veuve (Marie Berto) et de son beau-frère (Philippe Duquesne). Il faut mener Simon Bartolo (Féodor Atkine), le défunt jusqu’à sa dernière demeure.

De nos jours, il se passe quelque chose avec les réalisateurs belges, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Naviguant entre comédie grinçante et le western glacé, le premier long métrage de Gérard Pautonnier tente de créer la surprise en donnant de l'humour à ce road movie et fait énormément penser aux films des frères Dardenne. Tiré du roman "Edmond Ganglion et fils" de Joël Egloff, ce scénario empli d’un humour noir permanent, bien dosé, oscillant entre le comique morbide et l’onirisme absurde, voit se succéder de nombreuses situations burlesques, cocasses, mais cohérentes. Il est de plus servi par un casting de rêve pour lequel chaque acteur incarne un personnage tout à la fois singulier mais bien réel, on comprend que Jean-Pierre Bacri ait été séduit. Ainsi, entre un vieux Georges, amer, angoissé, obsédé par son éternité, et le jeune Eddy, sympathique naïf un peu embrumé, s’opère une parfaite alchimie. Avec ces personnages un peu dingues, le spectateur souhaite aller jusqu’au bout du chemin car "un corbillard ne fait jamais demi-tour" dixit Georges.

Tout commence dans une bourgade éteinte, étranglée par la caravane de poids-lourds qui la traversent. La faillite guette la boutique de monsieur Zweck et les démarchages chez les médecins n’augmentent guère le nombre des clients. Or, deux professions sont aujourd’hui incontournables, les maïeuticiennes et les fossoyeurs. Les unes nous accueillent en ce bas monde, les autres nous conduisent vers l’éternel repos. Bien que… Entre les deux, les gens se débrouillent et souvent prennent leur temps. Dans ce film, le froid devient un personnage inquiétant, dangereux, la neige étouffe les particularités locales, apporte un caractère fabuleux. Ainsi, dans une ambiance tenant du Fargo des frères Cohen, sur un rythme ralenti, usant de dramatiques gros plans, de sons hors champ, de ralentis inattendus, le réalisateur nous compose un western spaghetti givré dans lequel s’observent des acteurs attendant la mort. Alors qu’Eddy et Georges recherchent l’introuvable cimetière, le convoi funéraire s’égare, se disloque, la pérégrination tourne à l’odyssée. Les situations sont poussées à l’extrême, le loufoque côtoie le tragique, certaines répliques plongent dans la métaphysique temporelle, peu à peu les personnages s’étoffent en s’écrivant, même si le récit paraît s’essouffler pour redémarrer sur une nouvelle péripétie.

Poussé jusqu’à l’abstraction, ce film tient de l’improbable gourmandise qu’on ne peut quitter, il faut y remettre la main, même si on sait que ce n’est pas bon pour ce qu’on a. la mort n’est pas une maladie contagieuse mais simplement héréditaire !

Michel Tellier

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