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La Villa

De Robert Guédiguian

La Villa de Robert Guédiguian

Assis au soleil sur la terrasse d’une villa dans une petite calanque près de Marseille, un vieillard subit un AVC. Ses enfants, Angèle (Ariane Ascaride), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Armand (Gérard Meylan), se retrouvent à son chevet et mesurent ce qu’ils ont conservé de ce restaurant ouvrier dont le fils ainé continue de s’occuper.

Dès le prologue, on est frappé par la minutie et la sobriété narrative du vingtième film de Robert Guédiguian. Rassemblant autour de lui l’essentiel de ses acteurs fétiches, réunissant ses thèmes coutumiers, il noue son récit en quelques plans d’une extrême suavité et filme avec une émotion profonde, en un banal hiver méditerranéen, cette calanque-monde idéale, solidaire et généreuse. Ce décor semble sorti d’une toile du siècle dernier, la mer, la villa, le petit port désert, un viaduc où passent des trains rythmant la vie de ce coin de village mais aussi la délicate narration sur "le temps qui passe" qui nous est proposée.

L’imminence de la mort du patriarche tombé en léthargie suscite les retrouvailles de ses trois enfants. Armand continue de porter à pleins bras le modeste restaurant du port tout en songeant à mettre la clé sous la porte car le village se dépeuple. Joseph, qui vient d’être licencié, se confine dans son rôle d’amer beau parleur multipliant les boutades grinçantes. Il est venu avec sa compagne du moment, Bérangère (Anaïs Demoustier). Angèle, leur sœur cadette, comédienne, parisienne, est revenue à contrecœur dans ce lieu, pour elle, chargé de funestes souvenirs. Dans la maison d’en face, Suzanne (Geneviève Mnich) et Martin (Jacques Boudet), un vieux couple, n’en finissent plus d’attendre leur fils Benjamin (Robinson Stévenin). Un peu plus loin, Yvan (Yann Tregouët), le seul pêcheur rescapé de l’exode rural, vivote en vendant quelques dorades et en déclamant les classiques, Molière, Claudel. Et puis, de temps à autre, des militaires affectés à la lutte contre l’immigration clandestine font une brève apparition. C’est donc dans cette atmosphère intimiste que les comédiens, tous magnifiques de luminosité, attachants, déroulent la trame de nos existences, ce qui fait le but de la vie, la raison de continuer à y croire. Engagé, généreux, joyeusement mélancolique, Guédiguian peint son tableau avec une lumière hivernale, crépusculaire, un soleil par instants bien noir et, tel un Tchekhov méridional, chacun ironise au bord du précipice. Certes, cette sombre morosité est coutumière chez ce réalisateur mais rarement elle atteint des moments aussi poignants.

Il y a la nostalgique évocation d’un passé révolu, temps où la calanque était le lieu de l'amitié et de la fête avec un sublime flash-back extrait d’un de ses propres films, "Ki lo sa" de 1985, avec les mêmes acteurs, au même endroit, dans leur insouciante jeunesse. Regrets des idéaux non aboutis, de ce monde de fraternité dont ils rêvaient et qui semble si lointain. Résignation aussi, les trains qui filent sans s’arrêter, la calanque déserte, les broussailles qui envahissent les chemins abandonnés. Même si la tentation est grande, même si tout paraît dominé par le deuil, ils refusent de céder au "c’était mieux avant".

Alors, ils regardent vers le temps qui reste. Les uns vont filer vers le miroir aux alouettes de la capitale, les autres, se regrouper autour de sentiments tout aussi forts suite à la découverte d’enfants tapis dans la nature. Cette responsabilité va réveiller chez eux une conscience, un sens de la solidarité, un esprit de famille. En se renforçant mutuellement, ces êtres au bord du désespoir vont se nourrir d’une mélancolie apaisée et porter leurs yeux vers un futur qui leur paraîtra plus radieux.

Tout n’est pas perdu, l’amour de l’art, l’amour familial, l’amour tout court vont transformer ce film fort, émouvant souvent, poignant parfois, en un hymne à l’espoir.

Michel Tellier

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