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Le Brio

de Yvan Attal

Native de Créteil, Neïla Salah (Camélia Jordana) intègre la faculté d’Assas afin de devenir avocate. Dès sa première journée, elle se trouve confrontée aux remarques désobligeantes et aux provocants dérapages du professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil).

Yvan Attal  nous fait oublier son scénario confit dans le politiquement correct et convenu en usant d’une réalisation redoutablement efficace. De plus, grâce à des dialogues ciselés, opposant souvent un vocabulaire recherché à un dialecte hasardeux des banlieusards mal dégrossis, il se permet d’apporter une grandeur à son humour lucidement cynique.

De surcroît, ses deux principaux interprètes, par leur présence, par leur prestance, par leur jeu exquis, permettent à cette comédie, de mœurs tout autant que de caractère, d’obtenir un rythme et une efficience dans les idées sous-tendant les nombreuses joutes verbales superbement délicieuses. Lui, Daniel Auteuil, incarne à merveille ce professeur d’une faculté de droit, classée à droite, fréquentée par la gauche caviar et bling-bling. Il ne tente pas de faire dans le politiquement correct dans ses jubilatoires apartés provocateurs qui ne dépareraient pas un meeting bleu-marine. Il semble cultiver une nostalgie d’une époque révolue durant laquelle la considération des anciens, l’élégance et la politesse, le respect de la hiérarchie formaient de solides assises qui offraient à la délicatesse de la langue, la maîtrise de la rhétorique et l’habileté en dialectique, les armures contre toute attaque des étrangers au sérail. Mais pour ce ronchon mâtiné de racisme bon teint, le monde a changé, les gens ne se parlent plus mais écrivent des textos truffés de barbarismes, n’écoutent plus mais avalent sans aucune retenue ni discernement des blogs tendancieusement invérifiables. Elle, Camélia Jordana joue parfaitement cette perle brute sortie d’une banlieue difficile tout à coup confrontée à un milieu qui n’est pas le sien. Habillée comme un sac, massacrant allègrement le français, torturant la syntaxe, assassinant le vocabulaire, confondant les mots, sans mots pas d’idées, elle ne peut que se réfugier dans l’insulte sous cape ou le repli honteux. Face à leur premier duel oratoire, les étudiants jubilent niaisement, prennent stupidement parti… Pourtant, cette joute verbale va avoir du bon. Ils vont tous deux devoir dépasser leurs aprioris, surpasser ce qui les sépare. Derrière le misanthrope velléitaire se cache un professeur hors pair. La petite échappée des quartiers se révèle une élève aussi assidue que performante. Il va lui enseigner les armes de la controverse, de prétérition en anticatastase, il l’élève dans le maniement de la rhétorique. En abordant Schopenhauer, il l’initie si bien à la dialectique que d’élève, elle en deviendra maître. On pourrait croire qu’il y a réciproque. Pourtant, sans aucunement porter de jugement moral, c’est en nous proposant les idées sous-jacentes à ces techniques que la réponse nous est apportée. Lors d’un plaidoyer, il faut choisir entre dire la vérité ou avoir raison, entre la justice ou le respect du droit. Hypocrisie diriez-vous, oui mais efficacité.

S’il n’est pas à proprement parler un film d’action, cette œuvre d’Yvan Attal reste passionnante à suivre de bout en bout et nous réconcilie avec la tolérance.

Michel Tellier

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