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Carbone

D'Olivier Marchal

Antoine Roca (Benoît Magimel) est un banal chef d’entreprise qui se voit acculé au dépôt de bilan suite à une conjoncture défavorable. Tout autant par désir de récupérer sa famille que par désir de vengeance, avec l’aide de son comptable Laurent Melki (Michaël Youn) et de deux petits malfrats, Simon Wizman (Gringe) et Eric Wizman (Idir Chender), il met au point une arnaque à la TVA. C’est sans compter avec son beau-père Aron Goldstein (Gérard Depardieu) ni avec le grand banditisme…

Pour son cinquième long métrage, ayant fini de régler ses comptes avec ses collègues ripoux, sans quitter la noirceur du récit, l’ancien policier Olivier Marchal se tourne vers le grand banditisme, vers la délinquance ordinaire et le milieu interlope de la nuit. Le point de départ est très simple. Ayant perdu son entreprise, ruiné, méprisé par sa belle-famille, Antoine-Benoît Magimel cède aux sirènes enchanteresses de l’argent facile, de la délinquance propre. Mais qui dit délinquance dit aussi fréquentations pas toujours très fréquentables. S’inspirant de la très réelle escroquerie qui coûta, vers 2009, près de dix milliards d’euros aux Européens, dont deux pour les Français, le réalisateur démonte, en simplifiant l’affaire originale, un mécanisme augurant de nouvelles et plus juteuses filouteries en col blanc. Avec son style viril, mais un brin tape-à-l’œil, ne s’encombrant pas trop de détails, Olivier Marchal suit avec son style nerveux et sans compromissions l'ascension et la chute de Roca. Bien que dès les premières secondes du film nous en connaissions l’épilogue, cette histoire s'avère prenante. Il nous fait suivre la narration haletante d’une relation entre petits escrocs pas très finauds et une grosse pointure du grand banditisme multicarte qui hante les nuits parisiennes. En parallèle, il narre le conflit qui dégénère entre Roca et sa femme (Carole Brana) et son beau-père empli d’un arrogant mépris envers son gendre qu’il ne peut voir que comme un opportuniste arriviste dont il tient à provoquer la chute, magistralement interprété par Gérard Depardieu.

Tout ce film est parfaitement joué par une brochette d’acteurs dans lesquels le spectateur pourra se reconnaître, Antoine, Laurent, ou reconnaître certains esprits rustres qui encombrent notre environnement en nous polluant la vie, tant par leur ostentation, leur argent facile, leur absence d’éducation que par l’amoralité qu’ils pratiquent tel un sacerdoce. A cela d’ailleurs, le réalisateur a bien veillé à ce que l’intrigue ne soit pas morale. Tous ces personnages salissent ce qu’ils touchent et si parfois ils nous émeuvent, ils ont les fins que devraient souffrir tous les malfrats. Ce sont tous des acteurs à fleur de peau, tel Benoît Magimel, au sommet de son art, fragile, mélancolique, avec lequel on est rapidement en empathie, pour l’abandonner à son triste sort quand il perd de vue son objectif premier. Gueule parfaite pour concocter un grand chef mafieux, Moussa Maaskri, donne à ce film l’ambiance noir charbon qui lui sied.

Certes même s’il est bien interprété par des acteurs percutants, s’il y a peu de maladresses, on peut reprocher au réalisateur des personnages superflus comme Noa-Laura Smet ou le policier véreux, certains des clins d’œil paraissant inutiles comme cette apparition de l’affiche de Scarface, si à ce moment du film le spectateur n’a pas compris qu’il a affaire à des bandits, c’est qu’il est irrécupérable, s’il évite bagarres et pétarades incongrues, ce film, bien que sans surprises, n’en demeure pas moins efficace et plutôt captivant.

Michel Tellier

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