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Dans la Brume

De Daniel Roby

De nos jours, à Paris, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) sont les parents de Sarah (Fantine Harduin) condamnée à vivre dans une bulle suite à une maladie génétique. Brutalement, sourdant du sous-sol, s’insinuant partout, un brouillard toxique envahit la capitale…

Inhabituel dans le paysage cinématographique français, réalisé par le cinéaste canadien Daniel Roby, ce film de science-fiction aux relents eschatologiques ne laissera pas insensible les spectateurs qui tenteront d’en percer les significations et les leçons. D’où vient cette brume qui surgit des entrailles de la ville. Est-ce un symbole de la pollution qui nous ronge à petit feu ? Serait-ce une terrible vengeance de la Terre ? Cette inexplicable catastrophe inonde les rues de Paris et s’engouffre dans les premiers niveaux des immeubles haussmanniens. Très rapidement, ne restent que quelques survivants naufragés sur les toits en zinc comme sur d’accueillants ilots après une inondation plus dantesque que celle de 1910. Deux lieux sacrés résistent aussi, Notre-Dame et le Sacré-Cœur. Comme dans The Mist de Darabont d’après l’œuvre de Stephen King, on se retrouve vite en plein brouillard. Comme dans la saga Cloverfield, la plupart des figurants sont inexorablement condamnés à une mort certaine. Par contre, point de monstres fantasmagoriques. Les seuls que l’on pourra croiser sont les rares survivants qui peuvent se livrer à des émeutes ou pensent égoïstement survivre en marchant sur les cadavres de ceux qui pouvaient leur barrer la route. La plupart du temps, comme souvent lors d’une catastrophe, le premier mouvement est la fuite due à la peur-panique devant l’inconnu. Quelques-uns vont tenter d’en aider d’autres mais seront bien impuissants. Les autorités sont dépassées, quand elles ne disparaissent pas complétement ; l’armée voit ses efforts réduits à néant, inefficaces devant l’ampleur du bouleversement.

Avec sa magistrale façon de manier le suspense et son habileté à entretenir le mystère, le réalisateur parvient à soutenir un intérêt certain pour le spectateur, relançant périodiquement l’action par des péripéties, certes pas toujours très crédibles, mais toujours bien menées.

Matthieu et Anna ne baissent pas les bras devant l’ampleur du drame. Ils luttent par amour, pour leur fille. Ils veulent la sauver, lui offrir une chance. Elle a besoin d’électricité, d’oxygène, de nourriture. Il faut descendre en enfer pour en trouver. Chacun leur tour puis ensemble, ils vont chercher de quoi donner quelques heures d’espoir supplémentaire. Au péril de leur vie, ils vont montrer qu’être parent n’est pas un vain mot. Leur altruisme sera inébranlable, fut-il au péril de leur vie. L’amour est un don de soi. Une très belle leçon d’un épicurisme teinté d’un grand stoïcisme sera donné par Lucien (Michel Robin) qui tiendra à rester jusqu’à la fin aux côtés de son épouse.

Quant à l’épilogue, il peut décontenancer le spectateur. Plutôt que lui imposer une fin mélodramatique ou un happy-end convenu, ce sera à lui que reviendra le choix entre la réalité d’un improbable miracle ou l’interprétation déiste d’une vie au-delà de la mort. Pour un amateur de film du genre, il ne peut y avoir meilleur choix.

Michel Tellier

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