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Le retour du héros

De Laurent Tirard

Sous le premier empire, le Capitaine Neuville (Jean Dujardin) courtise la fraîche Pauline Beaugrand (Noémie Merlant). Alors que Madame Beaugrand (Evelyne Buyle) et Monsieur Beaugrand (Christian Bujeau) sont subjugués par son charme, sa sœur ainée, Elisabeth (Mélanie Laurent), est plus dubitative.

Après avoir dirigé en 2016 Jean Dujardin dans Un Homme à la Hauteur, Laurent Tirard nous offre aujourd’hui, pour notre plus grand plaisir, une comédie pétillante, histoire d’une imposture en costumes d’époque. Les décors sont bien léchés, les costumes, tout passementés pour les soldats, au vaporeux Récamier pour les dames, ondulent dans une folle sarabande. L’histoire est fort banale. Après une promesse de mariage et un départ aux armées, l’homme que tout le monde croit mort réapparaît. Le Retour de Martin Guerre nous a touchés en 1982. Balzac avait déjà évoqué le sujet avec Le Colonel Chabert, "mort" à Eylau en 1807. Mais cet homme qui revient, serait mort en héros grâce à l’épistolaire imagination d’un Cyrano en jupons, Elisabeth. Comme Neuville avait promis à sa fiancée de lui écrire tous les jours, pour sauver celle-ci de son désespoir, Elisabeth avait pris la plume. Mais il n’est nul bon roman, fusse-t’il de lettres, qui ne s’achève. Pour ne pas trop faire souffrir sa sœur chérie, autant faire de Neuville un héros. Mais celui qui débarque au manoir est un gueux couvert de hardes crasseuses. Il a été lâche, poursuivant sa folle imagination, Elisabeth, pourtant droite, sérieuse et honnête, pensant se débarrasser de ce fourbe sans scrupules, va lui donner des aventures dignes d’un Baron de Münchhausen doublé d’un Edmond Dantès. Si elle en fait un héros d'opérette, sa créature va très vite la dépasser et va s’incruster en montant une escroquerie à la Bernard Madoff.

Ce pittoresque marivaudage en costumes napoléoniens évoque les grandes heures du cinéma français de Philippe de Broca ou de Jean-Paul Rappeneau. Certes, cet homme dans toute sa fausse splendeur est couard et prétentieux jusqu’au grotesque, il bombe le torse, fait le coq, dans un emploi qui lui sied comme un gant. Et dans ce rôle, Jean Dujardin excelle. Face à lui, aussi charmante qu’incisive, en femme bien plus moderne que ses dentelles, Mélanie Laurent mène la danse tout en soupirant d’agacement devant la mystification qu’elle a créée. Elle rit sous cape, s’attendrit puis, véhémente et fière, se reprend. C’est une joute incessante de dialogues incisifs, écrits avec une précision devenue rarissime dans les comédies actuelles. Le réalisateur n’a guère usé d’un langage du dix-neuvième siècle. Il est fort moderne, même dans ses sous-entendus et ses apartés. Tous les thèmes abordés sont très actuels, le paraître, la cupidité, les dialogues sont pétillants, truffés d’expressions contemporaines, évitant ainsi toute lourdeur et offrant, par leur décalage, un bel effet comique. Enfin, on pourra apprécier comme il se doit Noémie Merlant, en cadette un brin hystérique au milieu d’une armée de savoureux seconds rôles à la Molière, crédules et cupides. Enfin, le spectateur goûtera avec délice les nombreux rebondissements inattendus. Deux scènes seront particulièrement dégustées. La première se passe dans la forêt, au petit jour et verra s’affronter le capitaine et le mari de Pauline. L’autre, lors d’un repas, alors que le Général Mortier-Duplessis (Féodor Atkine) évoque la semi-défaite Essling en 1809. Enfin, même le final ne manque pas de panache. Et comme dans tout bon film d’aventure, la cavalerie arrive.

Fin, sans vulgarité, c’est suffisamment rare pour être souligné, ce vaudeville est aussi joyeux qu'alerte.

Michel Tellier

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