retour

Numéro Une

de Tonie Marshall

Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) appartient au comité exécutif d’une grande entreprise de l’éolien. Adrienne Postel-Devaux (Francine Bergé) et Véra Jacob (Suzanne Clément) figures emblématiques d’un influent réseau féministe l’incitent à candidater le poste de Présidente Directrice Générale d’un grand groupe du CAC 40. Sur son chemin se dressent divers obstacles, son père, Henri Blachey (Sami Frey), son mari, Gary (John Lynch), et l’actuel PDG, Jean Beaumel (Richard Berry) épaulé par son âme damnée Marc Ronsin (Benjamin Biolay).

Fille de l'actrice Micheline Presle, première femme à recevoir le César du meilleur réalisateur pour sa comédie Vénus beauté (institut), Tonie Marshall propose son quarante-troisième film à notre sagacité. Dans cette nouvelle œuvre, elle s’engage très politiquement dans les méandres des pouvoirs et tente de proposer des pistes de réponse afin d’en comprendre les obscurs cheminements. Dans ce film, malgré les quelques séquences un peu insipides durant lesquelles la réalisatrice s’étale sur les tourments psychologiques de l’héroïne, on se plonge dans un subtil scénario truffé de pièges, de trahisons et de coups bas. Pour conquérir le pouvoir, être le meilleur ne suffit pas, surtout si l’on est une femme. Il est bon d’avoir des appuis, des relations, des groupes de pression. Encore mieux, avoir des dossiers sur les gens puissants est un excellent moyen de parvenir à ses fins. Ainsi Jean Beaumel, en usant de la fourberie, peut-il se croire aussi puissant que Talleyrand sans en posséder toute l’obséquieuse finesse. Enfin, pour réussir, il faut posséder des nervis que Machiavel n’aurait pas reniés. A ce jeu, Benjamin Biolay incarne un sournois deus ex machina à l’insolente lucidité : "Dans la vie, il y a trois moteurs essentiels : le pouvoir, le sexe et l’argent. Mais aucun homme ne parvient à assumer les trois. Deux, tout au plus…" Par ses amorales machinations, il est capable de faire basculer les destins à sa guise, à se rendre indispensable à un maître pour mieux le trahir plus tard. Pour Emmanuelle, au départ peu convaincue, la conquête paraissait exaltante et elle se lance dans ce défi avec ardeur. On lui a confié une mission et, flattée, elle s’engage avec réticence dans ce duel à distance afin de faire progresser la cause des femmes. Elle sait que trop peu d’entre-elles se voient à des postes de responsabilité. Les causes en sont multiples, les freins sociétaux, la misogynie la plus sordide confortent la ploutocratie pour maintenir au pouvoir une phallocrate gérontocratie. Aussi, la lutte entre cette débutante déterminée mais gaffeuse et un impitoyable macho sera longtemps serrée. Pourtant, sans forcer le trait, sans caricature, la réalisatrice offrira à Emmanuelle une grandeur romanesque que saura parfaitement interprétée Emmanuelle Devos jonglant entre vulnérabilité et opiniâtreté. De même, elle donnera un corps à son film en sachant privilégier des seconds rôles qu’elle saura rendre, en quelques plans, attachants. Ainsi, Sami Frey incarnera un père très prévenant envers sa fille.

Un bon film qui offre de nombreuses réflexions sur la place de la femme dans notre société.

Michel Tellier

. pages créées et hébergées par AMD Communication