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Le Jour de mon Retour

de James Marsh

Au début de l’année 1968, Donald Crowhurst (Colin Firth), ingénieur anglais, patron d’une entreprise au bord de la faillite, rêve de participer à la première course autour du monde à la voile en solitaire et d’en remporter le grand prix. Plaisancier amateur, inventeur d’un système d’aide à la navigation, soutenu par sa femme Clare Crowhurst (Rachel Weisz), admiré de ses enfants, conforté par des mécènes intéressés, encouragé par la presse locale, il se lance dans l’aventure.

James Marsh s’ancre dans la réalité pour tenter de nous narrer une incroyable odyssée qui a marqué les annales des courses maritimes. Ce que vit le personnage de son récit est d’ailleurs mieux souligné par le titre original, The Mercy, la délivrance. Le réalisateur tente de retracer comment le navigateur, dépassé par les événements dès le début de son incroyable projet, devient l’involontaire victime d’une aventure qui, très vite, n’a plus été la sienne. En effet, mal préparé, sans expérience de la mer, accumulant obstacles et adversités, face à la solitude et surtout face à lui-même, Crowhurst rencontre très vite de graves difficultés. Inconscient des dangers guettant un navigateur amateur, alors qu’il ne possède pas de bateau capable d’aller en haute mer, il nous apparaît comme un doux rêveur. Qu’à cela ne tienne, bien décidé à participer à cette course en solitaire, il va dessiner son propre navire, quitte à oublier que la nature ne pardonne pas et n’épargne personne, pour se lancer à bord d’une coquille de noix vers des mers du globe où les skippers les plus chevronnés ont peur de se risquer. Sa préparation est si brève qu’elle ne peut que susciter étonnement et inquiétude tout en jetant l’opprobre sur un entourage qui le laisse faire sans réagir. James Marsh s’attarde ainsi sur la façon dont cet homme est manipulé par son sponsor principal, Stanley Best (Ken Stott), dans le but d’y trouver un retour sur investissement et ce sans craindre de mettre sa vie en danger. Pareillement, il nous démontre comment il devient un pantin dans les mains de Rodney Hallworth (David Thewlis), le plumitif local. Ligoté par des contrats signés avec des financiers insatiables, berné par des rédacteurs friands de sensationnalisme, naïf, terrifié, Donald Crowhurst n’a d’autres choix que de prendre la mer, pendant que tous, animés d’un admirable égoïsme, restent en sécurité à terre, bien au sec. En prenant la mer, Donald Crowhurst, interprété avec une délicate retenue par Colin Firth, se délivre du harcèlement subi avant le départ. Il pensait avoir enfin un peu de paix mais c’était sans compter sur l’océan. Son furieux déchainement est merveilleusement capté par la bande son. Rattrapé par la réalité, cet apprenti marin doit mentir pour ne pas tout perdre puis, face aux conséquences désastreuses de son mensonge, il sombre peu à peu dans la folie…

En explorant les contradictions de Crowhurst, en lançant un virulent pamphlet contre la dictature du profit en contradiction avec la plus élémentaire sécurité, en soulignant le traitement que les médias font d’une information non vérifiée, en vaticinant la manipulation de l’opinion que leurs articles peuvent entraîner, sans jouer les procureurs ou les avocats, Marsh signe une pertinente réflexion sur des thèmes qui n'ont pas pris une ride en cinquante ans.

Michel Tellier

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