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Le sens de la fête

d’Eric Tolédano

Dans sa longue carrière de traiteur, Max (Jean-Pierre Bacri) a organisé des centaines de fêtes. Aujourd'hui, dans un château d’époque, pour Pierre et Héléna, il a prévu un mariage sublime.

Pour leur sixième long métrage, les réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache ont imaginé un scénario plus léger, plus humoristique que pour leur précédent film et surtout plus convaincant. Le principe de plaisir est donc au cœur du Sens de la fête. Le nôtre, celui des acteurs et surtout celui des personnages qui vont vivre au travers de cette journée de folie. L’argument, des plus simples, s’ancre sur la très actuelle mode des mariages-spectacles-évènements avec, pourtant, un point de vue original. Non pas les familles qui règlent leurs différends à coups d’invectives et de gnons mais sur les avatars que subissent les petites mains de l’intendance. Cette fête va partir à vau-l’eau avec de très nombreux rebondissements. Bien que Max ait tout coordonné, organisé, préparé chaque élément et personnel pour réussir la fête, chaque moment de bonheur et d'émotion connaîtra son problème, son grain de sable, disjonctions intempestives, viande avariée, marié qui s’envoie en l’air, les scènes cocasses, les instants grinçants ou foldingues ne manquent pas. Chaque instant est criant de vérité même s’il peut sembler impossible de tous les retrouver réunis en une seule soirée.

Si Jean-Pierre Bacri compose en ce film son plus beau rôle d’acariâtre invétéré bousculé par les germes de désastres ou de chaos éclosant à chaque instant, l’ensemble des acteurs forme une truculente brochette de personnages se voulant représentative de la population française actuelle. Jean-Paul Rouve incarne avec fougue un concupiscent photographe d’un autre siècle, un peu bohème et pique-assiette. Gilles Lellouche est une merveilleuse réplique de bien des D.J. se prenant pour des artistes de la musique aux exigences outrancières. Eye Haidara est une convaincante assistante tentant par tous les moyens d’accéder à une reconnaissance méritée. Hélène Vincent joue à merveille la solitaire maman du marié cherchant une âme sœur via un site géolocalisé. Benjamin Lavernhe compose un excellent marié gavé par une arrogante prétention. L’étranger cultivé devant travailler comme plongeur, les extras non déclarés, la mariée conquise, le beau-frère déjanté, le professeur psychotique dépressif, l’ami qu’il faut placer, les invités qui veulent imposer leurs choix à l’orchestre, les maladroits sûrs d’eux, tous concourent à rendre vivant et réjouissant ce spectacle.

Pourtant, n’y voir qu’une simple distraction serait dommageable car derrière cette ironique comédie, il y a aussi des réflexions critiques qui peuvent surgir. Comment ne pas y voir une mordante dénonciation des cérémonies devenant, pour le plus grand étonnement de leurs participants, des spectacles dans lesquels s’insinue une outrancière surenchère ? Quel mariage aujourd’hui ne se fait-il pas au-dessus de ses moyens, un château, des serviteurs en livrée, le jardin aux chandelles, une limousine, un orchestre, un spectacle, un discours, un feu d’artifice…afin de bluffer le ban et l’arrière ban des invités médusés ? Cette emphase n’est pas sans poser des difficultés. Les déboires s’accumulent mais sont résolus par la bonne volonté et la solidarité d’une société où patron et salariés forment une famille qui finit toujours par se réconcilier dans l’adversité, où la couleur de peau n’est pas un problème. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, on pourra trouver ces idées un rien candides mais ne sont-ce pas d’excellentes opinions ?

Michel Tellier

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