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C'est beau la vie quand on y pense

de Gérard Jugnot

Loïc Le Tallec (Gérard Jugnot), vendeur automobile, ancien pilote de rallye, ne s’est jamais vraiment occupé de son fils. Même à son enterrement, il sera absent. Lorsqu’il apprend que le cœur de son fils bat dans la poitrine d’un autre, une idée l’obsède, retrouver le greffé.

Gérard Jugnot signe là, après dix autres longs métrages, une comédie quelque peu convenue sur fond de drames humains. Bien souvent, le rire ou l’émotion auront quelques difficultés à éclore car le scénario est très attendu et les bons sentiments souhaiteraient supplanter le manque de rythme et le peu de rebondissements. Malgré tout, nous sommes face à une œuvre qui ne peut que nous toucher et nous amener à prendre conscience de ce que peuvent produire solitude et égoïsme.

Loïc-Gérard représente le cas typique des pères qui sont restés dans l’enfance, qui n’ont jamais franchi le pas pour entrer dans l’âge adulte. Sa vie, ce furent les courses automobiles, les rallyes, les raids à l’étranger, l’absence de sa famille, la non-responsabilisation complète. Il ne pensait qu’à son plaisir, à ses succès, pas à son épouse ni à son fils. Or, celui-ci meurt victime d’un accident de la route. Il s’en rend en partie responsable. D’aucuns diraient tel père tel fils ! En même temps, devenu vieux, il s’aperçoit qu’il a gâché non seulement son existence mais aussi celle de son fils qu’il n’a pas vu, ni aidé à, grandir. Il souhaite s’amender, il est en quête de rédemption et demeure comme dévasté. Qui a bien pu récupérer le cœur de son fils ? Est-il dans la bonne poitrine ? Le receveur méritait-il ce cœur de secours ? Tout ce qu’il était de bien, il n’a pu le transmettre. N’est-il pas trop tard pour y remédier ?

Par un extraordinaire et exceptionnel concours de circonstances, il apprend qu’un certain Hugo, excellemment interprété par le très prometteur François Deblock vit désormais avec le cœur de son fils. Il le découvre totalement déraisonnable, tentant, grâce à ce cœur tout neuf, de rattraper les vingt années qu’il n’a pas pu vivre pleinement. Leur rencontre est explosive. Le Jugnot réalisateur oppose le breton au méridional, le père au fils putatif, le prudent à l’avide de sensations et de plaisirs. Cela nous donne quelques savoureux épisodes souvent farcis d’un humour caustique. Loïc tente d’agir comme il aurait voulu le faire avec son fils, mais Hugo ne souhaite ni chaperon ni garde-malade. Il redécouvre la joie de vivre et ne pense qu’à s’éclater.

Dosant élégamment humour et sentiments, évènements et émotions, ces deux hommes que tout oppose et qu’un seul cœur unit vont s’apprivoiser, apprendre à se connaître et surtout, sans en avoir l’air, s’aider à devenir indépendants et unis par un amour quasi-familial. En cela, deux femmes, Lisa fougueusement jouée par Isabelle Mergault et Hoëllig discrètement incarnée par Gaia Weiss, leur seront d’un indispensable appui.

C’est souvent prévisible, parfois moralisateur, mais cela donne à la fin une jolie fable pétrie d'humanité et d'optimisme.

Michel Tellier

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