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La Finale

de Robin Sykes

Après avoir tenu toute sa vie une brasserie dans Paris, Roland Verdi (Thierry Lhermitte) est aujourd’hui à charge de sa fille Delphine Verdi-Soualem (Émilie Caen). Alors qu’avec son mari Hicham (Lyes Salem) elle tente de trouver un accueil thérapeutique pour son père, Jean-Baptiste (Rayane Bensetti), son petit-fils, se prépare pour la finale de basket amateur.

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Robin Sykes use de la comédie afin de nous parler de sujets bien dramatiques, la fin de vie et les maladies cérébrales dégénératives. Rien que leur nom effraie. Alzheimer ! Comme elle paraît affreuse cette affection qui transforme la vie en une suite de pointillés dont les blancs enflant sans cesse, grignotent peu à peu la mémoire ! Autour de Roland, toute la famille est aux petits soins. Il est de moins en moins autonome, il peut mettre sa vie, et celle des autres, en danger. Il prend une place importante dans la maison qui n’est pas adaptée à son hébergement. Il lui faudrait un espace qu’ils n’ont pas, il mériterait une attention de chaque instant, ce n’est guère facile, surtout pour les deux enfants de la famille. Pour JB, comme le whisky, c’est même une lourde tâche, lui qui ne rêve que basket, finale et sélection parmi les pros. A l’extérieur, chacun se sent plus ou moins impuissant, sinon indifférent, à cet homme qui perd un peu la boule. Certains même en profitent pour abuser de sa crédulité passagère rendant aisée toute manipulation.

Misant sur l’humour et assumant ses bons sentiments, le réalisateur mêle donc odyssées mouvementées mais burlesques avec comique de situations. Première aventure cocasse, en contre-point, celle des parents qui, bloqués pour des raisons qu’il est de bon ton de taire, demandent à leur fils de renoncer à son ambition sportive pour surveiller son grand-père. L’adolescent n’ayant comme but que monter à Paris pour disputer sa finale de basket, il va décider d’y aller avec Roland. Tout comme Ulysse, de nombreuses péripéties vont émailler ses pérégrinations. Comme dans L'Emmerdeur d’Édouard Molinaro avec Jacques Brel et Lino Ventura ou dans Le Boulet de Berbérian et Forestier avec Gérard Lanvin et Benoît Poelvoorde, le duo Rayane Bensetti - Thierry Lhermitte fonctionne à merveille. Leurs regards sont très souvent éloquents. La joie du sport, le bonheur de la jeunesse face au gouffre béant s’ouvrant sur un vide de noir infini. Cette accumulation de séquences appelant à sourire, ou même à rire, diminuera la charge émotionnelle qui frôle parfois le tragique. Les dialogues souvent vifs et légers amplifient encore la légèreté de cette épopée. Certains pourront bouder les idées simplistes procurées par sa morale, pourtant pleinement admissible, comparant la famille à une équipe qui ne peut accepter le jeu personnel, idées faites de tolérance, de générosité et d’altruisme.

Assumant pleinement ses bons sentiments, mixant humour et émoi avec subtilité, Robin Sykes parvient à nous offrir un film à la fois drôle et touchant.

Michel Tellier

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