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Alien : Covenant

De Ridley Scott

Un jour, dans une vaste maison, un savant devise avec sa créature, l’androïde David (Michael Fassbender). Dix ans après la mystérieuse disparition de Prometheus, le vaisseau Covenant, surveillé par l'androïde Walter (Michael Fassbender), mène ses deux mille colons cryogénisés vers la planète Origae. Ce nouveau monde doit servir de nouveau monde pour une Terre devenue trop étroite. Un incident sérieux oblige Walter à réveiller l’équipage de l’immense vaisseau.

Bien des années après la saga Alien, Ridley Scott nous livre un extraordinaire film en jouant une noire symphonie d'une violence inouïe. Ce qui se révèle être le véritable premier épisode de la série Alien, son sésame, et aussi sa clef ultime, devient, par sa mise en garde d’un pessimisme appuyé, une oraison funèbre pour l'humanité. On pourrait même prédire que les autres chapitres que ce réalisateur britannique a prévu de produire sinon de mener à bien seront le triste épilogue qui trouve ses racines dans les tréfonds des mythes humains. En lisant entre les lignes, on y retrouve Mary Shelley et son docteur Frankenstein, le créateur d’un monstre, Faust et son désir de puissance et d’immortalité, d’île du docteur Moreau d’H. G. Wells. Certaines séquences seraient très proches du récit de l’apocalypse. On y retrouve l’ineffable désir de l’humanité de prospérer, de découvrir, d’aller satisfaire sa maladive curiosité dans les recoins les plus reculés de l’univers, et là, peut en importe le prix ! On y reconnaît l’insatiable aspiration à dominer, à maîtriser, à créer la vie sous quelque forme qu’elle se présente. Le clonage et les manipulations génétiques sont indispensablement sous-jacents au récit.

Celui-ci, par contre, tout en apportant son ambitieux message biblique en forme de requiem spatial mérite le respect même s’il n’apporte guère de surprises dans la succession des diverses péripéties. D’excellents effets spéciaux jalonnent le récit et lui amènent souvent plus de crédibilité que dans le space-opéra à la Star-Wars. Le xénomorphe est toujours aussi agressif, pareillement sournois et vicieux, accumulant les réussites dans l’acharnement qu’il met à trucider ses victimes dont bien souvent le sort nous indiffère. Elles semblent toutes mettre un point d’honneur à réagir stupidement et à se jeter tête baissée dans la gueule du loup, ou plus du monstre. Pour ce qui est des combats entre les hommes et la créature, comme dans les premiers épisodes, c’est la femme qui en sort gagnante. Ici ce rôle est dévolu à Katherine Waterston qui incarne une Daniels tout aussi combative que l’était Sigourney Weaver. Ses différents accrochages avec la bête seront spectaculaires à souhait. Ici, le monstre s'envisage comme un objet artistique, dont l'horreur devient une création purement humaine. Dans l'espace, si personne ne vous entend crier c'est qu'il n'y a pas de Dieu et si les créateurs se prennent pour Dieu, ça se termine en génocide. L’exemple est donné sur la planète des Ingénieurs, avec sa nécropole, son dieu génocidaire, ses allures sépulcrales. Comme dans Blade Runner, du même Ridley Scott, les androïdes tuent. Là, ils réclamaient la vie, ici, c’est une érotique obsession créationniste qui justifiera le pire. On admirera à cet effet le double jeu impeccable de son interprète engagé dans une passionnante dialectique d'amour et de mort. Walter est une version affaiblie du trop humain David. Il ne possède pas la capacité de créer. C'est en le rencontrant, dans une superbe séquence, qu’il apprendra à jouer de la flûte, à improviser, à créer. En insistant sur le poncif pour mieux l’éclairer, le réalisateur le montre, le désigne, le transcende, révélant ainsi l'essence d'un mythe. C'est une monstrueuse leçon, mais est une belle leçon d'art.

Gonflé, sans concessions, Ridley Scott fait de Covenant un glaçant cauchemar qui assume sa hantise du néant.

Michel Tellier

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