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Jalouse

De David et Stéphane Foenkinos

Divorcée, professeur, Nathalie Pêcheux (Karin Viard) fête les dix-huit ans de sa fille Mathilde (Dara Tombroff) passionnée de danse. Autour d’elles se retrouvent son père Jean-Pierre (Thibault de Montalembert) remarié avec Isabelle (Marie-Julie Baup), son amie Sophie (Anne Dorval) et Félix (Corentin Fila), le petit ami de sa fille.

Deuxième film des frères Foenkinos, "Jalouse", comédie à l’italienne, dresse un subtil portrait psychologique grinçant et mélancolique empreint d’un suspense qui tient tout autant au scénario qu’à l’interprétation de son héroïne.

La jalousie est, selon les dictionnaires, ce sentiment d’exclusivité qui mêle insécurité, anxiété, colère, tristesse et frustration. Elle est familière à l’être humain, ne supporte pas le partage, elle concerne souvent la perte anticipée d’un statut, d’un lien affectif, ressemble à l’envie et s’accompagne souvent d'hostilité et de dépit.

Les deux réalisateurs mettent tout leur talent pour étudier ce personnage sous toutes ses facettes dans des situations bien troussées. Situations un poil exacerbées afin de frôler le comique mais suffisamment réalistes pour que nous nous y retrouvions. De même, les dialogues, s’ils n’arrivent pas toujours à se détacher d’un parisianisme un peu trop bobo, sont souvent écrits au vitriol. Ainsi lançons-nous parfois à la tête de l’autre notre vérité qu’il n’est pas toujours bon de dire. Certes, les frères Foenkinos sont doués pour créer de la tension entre les protagonistes, autant pour poser les problèmes que pour valoriser l’interprétation de chaque acteur. Karin Viard crée ainsi un personnage complexe pour lequel on finit par se prendre d’affection. A la maison, véritable despote, elle élève sa fille avec sévérité. Elle lui reproche sa beauté à peine éclose, son envol dans sa vie d’adulte, son début d’éloignement affectif au profit d’un copain alors que pour elle, la vie décline, le vide affectif se creuse, le sentiment d’abandon enfle. Ce sont d’abord des sarcasmes avant de lancer des piques plus violents. Face à sa meilleure amie, Anne Dorval, parfaite, pour qui tout va bien, elle vante la laideur de la fille qui lui évite les petits amis, pointe l’apparente infidélité du mari. Elle ressent comme une attaque personnelle tout ce qui ressemble au bonheur des autres. Son ex-mari, Jean-Pierre est-il heureux avec Isabelle qu’elle n’a de cesse de briser cette quiétude. Une nouvelle collègue, Mélanie (Anaïs Demoustier), jeune, dynamique et pleine d’idées débarque-t-elle dans son lycée qu’elle en conçoit une vive animosité contre cette "garce arriviste". Un homme, Sébastien (Bruno Todeschini), s’intéresse-t-il à elle qu’elle le chasse sous un prétexte aussi futile que fallacieux. Elle arrive au stade où le bonheur et la réussite des autres lui deviennent intolérables et font naître sa méchanceté. Et ce n’est pas la psychologue qu’elle rencontre qui améliorera les choses. Nathalie ne contrôle plus son agressivité, elle devient invivable pour tous ceux qui la fréquentent et, telle une perverse narcissique, son comportement de plus en plus imprévisible entraîne le film vers le thriller. De nombreuses scènes amènent, entre rire et émotion, un sourire pincé aux lèvres du spectateur même si certaines le laissent sur sa faim. Combien aurions-nous souhaité un développement pour la joute entre Nathalie et Mélanie, de même pour la discussion entre elle et Sophie. Karine Viard a su parfaitement incarner ce personnage sans demi-mesure s’en prenant avec une mauvaise foi évidente à des personnes sympathiques avec une grande inventivité, ce qui la rend humainement drôle, ce qui rend si crédible son personnage. Nous en avons rencontrés de pareils autour de nous.

Oscillant entre drame et comédie, frôlant l’indécence du trait tout en évitant le ridicule du personnage, les frères Foenkinos nous offrent une comédie qui pose de nombreuses questions, et nous apportent une réponse pleine d’espoir en trouvant la voie du salut dans l’amitié et l’amour.

Michel Tellier

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