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Mon Garçon

De Christian Carion

Géologue voyageant souvent à l’étranger, Julien Perrin (Guillaume Canet) a vu son couple se déliter jusqu’au divorce. Lors d’une escale en France, Marie Blanchard (Mélanie Laurent), son ex-femme, le joint par téléphone. Matisse, leur petit garçon, a disparu lors d’un camp en montagne.

Après Une hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël ou En mai fais ce qu’il te plaît, Christian Carion s’essaie au film noir dans l’oppressant décor du massif du Vercors. Le réalisateur en profite pour soumettre Guillaume Canet à un tournage original au cours duquel, à l’inverse des autres comédiens, maintenu dans l’ignorance du scénario, il devra improviser en fonction des situations qui se présenteront. Le but évident est de filmer à chaud les réactions de son personnage face aux événements et d’attiser son angoisse. A ce jeu-là, en père désemparé comme en justicier prêt à toutes les férocités, Guillaume Canet est parfait. Déstabilisé par l’inconnu dans lequel il est contenu, bousculé par des évènements soudains, il endosse sans férir l’état d’esprit du père confronté à une telle catastrophe. Avec une puissance extraordinaire, Guillaume Canet, nous décrit sans fausse note la trajectoire de cet homme qui, découvrant ses responsabilités paternelles, met les bouchées doubles au prix d’une volonté pouvant aller jusqu’à l’illégalité, dans le seul but de prouver à cet enfant et à sa mère qu’il est capable de prendre en charge leurs destins, sans pour autant s’embarrasser par trop de psychologie.

Si la caméra est fouineuse, rapide, si elle traque obsessionnellement Julien dans son insatiable désir de vérité, l’image, elle, ne brille guère par sa plastique, trop souvent floue, terne, saturant à l’extrême les retours en arrière, elle ne donne guère à la zone montagneuse qu’un caractère menaçant. Certes, ce travail sur l’espace est parfaitement exploité par Carion mais il accentue les nombreuses longueurs égrenant le silence des grands espaces boisés. Cette mise en scène naturaliste, sans fioriture, tentant d’éviter toute complaisance aboutit parfois à l’inverse du but recherché. Par contre le son est en belle adéquation avec le sujet et son traitement, plus souvent redondant qu’en contrepoint.

Démarré doucement comme un drame intimiste entre un père prenant conscience de son rôle et une mère bouleversée, le film, après quelques moments de torpeur, cafouille et nous envoie sur plusieurs pistes inabouties comme si le réalisateur hésitait tout autant que son interprète sur la direction à donner à son récit avant de nous précipiter dans un décoiffant thriller, à la limite de la vraisemblance et faisant la part belle à l’autodéfense, sans toutefois en faire l’apologie, avant de culminer dans un dernier acte éprouvant pour les nerfs.

Sorte de télé-réalité dont le principal protagoniste est le seul à improviser, ce thriller est excitant. Pourtant ce dernier opus de Christian Carion, malgré son titre gentillet, ressemble plus à un exercice de style sophistiqué et ne convainc qu’à moitié.

Michel Tellier

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