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Les Hommes du Feu

De Pierre Jolivet

Philippe (Roschdy Zem) dirige une caserne de pompiers dans l’Aude. Bénédicte (Emilie Dequenne), vient d’y être nommée adjudant-chef. Xavier (Michaël Abiteboul), quadra aguerri y possède le même grade. Dans la chaleur de l’été qui attise incendies, tensions et rancœurs, nous voilà plongé dans la vie de ces héros du quotidien.

Le feu fascine les hommes depuis la nuit des temps, est-ce le spectacle vu de loin ?, est-ce son indomptable puissance ? Pourtant, de près, le feu est un monstre dévoreur d’hommes. Ce film très puissant possède une mise en scène très proche du documentaire. De plus, les bribes d’intrigue qui auraient pu être développées sont plus là pour nous faire réfléchir aux problèmes humains que connaissent ces femmes et ces hommes qu’on appelle à l’aide aussitôt que nous connaissons un problème qui nous dépasse. Un chat coincé dans un arbre, un feu de poubelle ou une fuite, nous n’hésitons pas à appeler ce numéro magique qui résout tout. Parfois, c’est à juste titre qu’on fait appel à leur professionnalisme tout autant qu’à leur dévouement. Dans ce film, ces deux facettes ne sont guère occultées. Evidemment, nous les voyons lutter contre les flammes qui dévorent nos biens, nos forêts et leur demandons des miracles. C’est quelquefois au prix de la vie de certains d’entre eux que l’impossible a lieu et que les dégâts portés par notre criminelle négligence sont limités. Le thème des incendies de garrigues et forêts méridionales, s’il nous procure de belles images, nous montre aussi les portes de l’enfer qui s’entrebâillent, prêtes à happer le pompier imprudent. A cet égard, le visage ravagé par le feu du colonel local doit aussi nous prouver le prix que nous leur demandons de payer afin de compenser nos insouciances. Leur quotidien est aussi fait d’autres actions moins spectaculaires mais toutes aussi indispensables. Ils sont là pour la vie et font de leur mieux, et même plus, pour la protéger. Une naissance, un accident, ils sont là et s’il leur arrive d’être appelés trop tardivement, sur une émeute, sur un drame familial, sur un suicide, ils refoulent leurs larmes, camouflent leurs émotions et continuent leur mission. Au fil des propos brefs, parfois laconiques, quelquefois démonstratifs, on pense un peu mieux comprendre ces hommes et ces femmes qui ont choisi cette carrière avec les joies et surtout les sacrifices qu'elle implique. Cette chronique portée par une trame un peu légère convainc par sa grande humanité, par une solide direction d’acteurs, par son rythme aussi soutenu qu’une garde dans un SDIS habituel, et montre que, derrière ces courageux héros du quotidien, se trouvent aussi des femmes et des hommes avec leurs faiblesses.

Michel Tellier

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