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Mission Pays Basque

De Ludovic Bernard

Sibylle Garnier (Élodie Fontan), jeune cadre commerciale aux dents longues, pense venir facilement à bout des réticences de Ferran Beitialarrangoïta (Daniel Prévost) dans l’achat d’une quincaillerie au Pays Basque destinée à devenir supermarché. Pensant avoir roulé le vieux propriétaire dans la farine, celui-ci étant sous curatelle, elle doit composer avec Ramuntxo Beitialarrangoïta (Florent Peyre), son neveu.

Pour son deuxième film, après le succès mérité de L’Ascension, Ludovic Bernard plonge son personnage principal, une jeune parisienne n’ayant jamais quitté son monde artificiel de direction commerciale, dans l’univers provincial, le Pays Basque, monde qui lui est totalement étranger, afin d'en éprouver ses limites. La première partie du film se déroule donc comme une revue bien analysée de l’arrogant parisianisme, de la morgue des cadres commerciaux, de leur condescendante fatuité envers la province, de leur mépris envers leurs collègues, de leur dédain du petit commerce, de leur ineffable méconnaissance des souhaits du public. C’est donc auréolée de son bac plus sept dans une haute école de commerce, du moins le croit-elle, que Sybille débarque dans Bayonne afin de consolider un contrat qu’elle pensait bien solide. Or elle arrive dans une ville dans laquelle l’amitié, la parole donnée, la joie de vivre, le bon temps, les rapports humains comptent plus que le Veau d’Or. Là, le réalisateur a bien mis en valeur la béante crevasse qui partage la France en deux entités antagonistes. Dans cette région riche de son passé, fière de ses coutumes, assise sur un majestueux paysage, ennoblie par de vrais travaux, nantie d’excellents produits, Sybille commence à mettre le doigt dans un engrenage qui va peu à peu la conduire à voir la vie autrement qu’un gigantesque Monopoly.

Bien sûr, en tentant de récupérer le contrat invalide et l’illégal dessous de table, elle va rebondir de péripéties en quiproquos, de coups de théâtre en incidents, d’accidents en catastrophes. Plutôt que de rester sur un réalisme qui serait devenu pesant, le réalisateur n’hésite pas à nous plonger dans une aventure au premier degré, avec amours et amourettes, avec pantalonnade et pseudo-enlèvement, avec vrais indépendantistes de l’ETA et gendarmes qui auraient tout autant pu œuvrer à Saint Tropez. Pourtant, à aucun moment, s’il y a regard acéré, il n’y ni moqueries, ni jugements péremptoires ni condamnations.

Les dialogues sont souvent percutants, les répliques bien senties et l’humour souvent présent. On sourit souvent, on rit parfois. Bref tout ce film est bien plaisant, en outre il est bien servi par quelques acteurs d’excellente qualité. Damien Ferdel est un très crédible fils de famille surprotégé plus habitué à la moquette qu’au travail. Daniel Prévost met tout son art à interpréter le boutiquier sénile. Quant aux deux principaux rôles, ils sont sans reproches. Elodie Fontan est délicieusement sémillante quant à Florent Peyre, avec son air de Cantona, très costaud, en apparence un peu rêche comme certains Basques, il sait être généreux à souhait.

Bien gentillet, ce film vous offrira de bons moments. Quant à l’épilogue, il fallait être gonflé pour faire aussi culotté.

Michel Tellier

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